Dans le cadre du troisième volet de sa saison japonaise, le Centre Pompidou-Metz présente jusqu’au 14 mai 2018 Dumb Type, la première exposition de cette ampleur dédiée à ce collectif d’artistes en France.

Formé en 1984, le collectif Dumb Type rassemble à ses débuts une quinzaine d’étudiants du Kyoto City Art College: des plasticiens, vidéastes, chorégraphes et performeurs mais aussi des architectes, graphistes, ingénieurs du son et informaticiens. Ensemble, ils se réunissent avec pour dessein d’inventer un nouvel art de la scène pluridisciplinaire, abolissant ainsi les hiérarchies académiques. Très actif jusqu’au début des années 2000, Dumb Type s’est régulièrement produit dans les musées et théâtres du Japon, d’Europe et des Etats-Unis.

En anglais, Dumb peut signifier « muet » ou « stupide ». Pour Teiji Furuhashi (1960-1995), ce terme entre en résonnance avec la situation politique, économique et sociale du Japon des années 1980: l’ouverture à l’Occident et la bulle économique ont fait de ce pays une société de plus en plus superficielle, consacrée aux médias, à la consommation et à la technologique où chaque individu est « submergé d’informations, sans être conscient de rien », et où les désirs côtoient le désespoir.

En réaction à cette époque, Dumb Type crée un théâtre expérimental dans lequel le corps des performeurs devient le support des images, des sons et des décors. L’humain y est formaté par une technologie immersive et contrôlé par des données omniprésentes.

Le collectif évacue de ses premières pièces tout dialogue. Néanmoins, les performances sont très souvent accompagnées de citations, d’articles ou de paroles de chansons pop, autant de symboles des nouveaux médias et de la révolution numérique. Au cœur de ces flux de données, des lumières stroboscopiques et des musiques électroniques se mélangent, créant ainsi une atmosphère à la fois angoissante et attirante que l’on ressent instantanément au moment de pénétrer l’exposition.

En 1990, pour l’une de ses premières pièces, Dumb Type transforme la scène de théâtre en une fosse immaculée, où les corps des performeurs sont scannés par une machine géante. PH (1990), que l’on peut approcher dans l’exposition, emprunte son titre au « potentiel hydrogène » qui sert à mesurer l’acidité d’une solution. Cette œuvre peut également évoquer le « potential Heaven/Hell » d’une société japonaise bloquée dans les limbes.

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Dumb Type, Ph – photo Kazuo Fukunaga

 

L’apparition du disque compact en 1982 marque la transition de l’enregistrement analogique vers le numérique, où ne subsiste plus aucun bruit de fond. Face à cette invention, S/N (1994) fait référence au rapport Signal/Noise qui évalue l’interaction entre le signal et le bruit et conditionne la qualité de transmission de l’information.

L’exposition présente également un chef d’œuvre du MoMA de New-York : l’installation interactive Lovers créée par Teiji Furuhashi. Le spectateur s’engage dans la pénombre d’une pièce carrée où sont projetés sur les murs des corps nus, grandeur nature, de neuf performeurs, hommes et femmes, qui se rencontrent sans jamais se toucher. Leurs silhouettes apparaissent puis disparaissent au rythme de leur démarche. Parfois, un performeur se met à courir, comme s’il prenait fuite. Créée en 1994, cette installation fait écho à la vulnérabilité et à l’isolement des hommes qui ont peur du contact charnel dans un contexte marqué par le Sida.

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Dumb Type, Lovers – photo ARTLAB Canon Inc.

 

L’exposition se finit avec Playback. Présentée pour la première fois en 1989 dans une version de douze tourne-disques, l’installation diffuse plusieurs sources sonores, musiques composées dans les années 1990 par deux membres du Dumb Type (Toru Yamanaka et Teiji Furuhashi). Le visiteur déambule dans cette installation pendant que d’étranges bruits et vocalises se dispersent dans l’espace : la technologie semble alors avoir raccourci les distances au point de donner une illusion de proximité préoccupante.

En plus de ces productions des membres historiques de Dumb Type (Teiji Furuhashi, Ryoji Ikeda et Shira Takatani), l’exposition présente des archives et témoignages qui permettent de mettre en perspective ce collectif dans notre société actuelle, toujours dominée par la surabondance d’information.

 


Informations pratiques

DUMB TYPE
Jusqu’au 14.05.18 au Centre Pompidou-Metz
Commissaire : Yuko Hasegawa, directrice artistique du Musée d’art contemporain (MOT), Tokyo
Chargée de recherche et d’exposition : Hélène Meisel

 

Pour aller plus loin

Dumb Type, conversations secrètes – Olivier Lamm, Libération, 08/02/2018
Dumb Type, interférences humanoïdo-électriques – Julie Ackermann, Beaux-Arts, 01/02/2018
L’art immersif de Dumb Type au Centre Pompidou-Metz – Virginie Huet, connaissance des arts, 20/03/2018

Image de l’entête : DumbType, S/N – Yoko Takatani

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