Autrefois demeure du peintre appelée le Prieuré, le musée Maurice Denis a ouvert au public en 1980 à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines). Des peintres symbolistes et nabis aux post-impressionnistes et au groupe de Pont-Avent, le visiteur découvre une collection originale, aux origines de l’art moderne.

Méconnu du grand public, Maurice Denis est pourtant un peintre avant-gardiste.  Alors âgé de 20 ans, il énonce en 1890 cette formule qui restera célèbre: « Se rappeler qu’un tableau, avant d’être un cheval de bataille, une femme nue, ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. » Cependant, l’essentiel de son oeuvre semble démontrer le contraire. Surnommé le « nabi aux belles icônes », il est aujourd’hui célébré aux côtés de Vuillard et de Bonnard comme l’un des plus importants peintres nabis, l’un des initiateurs du mouvement et son brillant théoricien.

 

Au cours de ses études d’art, il se lie avec Paul Sérusier. Ce dernier rencontre Gauguin, à Pont-Aven et peint sous sa conduite en 1888, le célèbre Talisman (Musée d’Orsay). Un groupe de jeunes artistes se forme alors autour de Sérusier avec Bonnard, Denis, Ibels, Ranson, Roussel, Piot et Vuillard. Ensemble, ils fondent le groupe Nabis (de l’hébreu neblim: prophète). Pour eux, la peinture doit transposer la nature et traduire les émotions en aplats colorés délimités par des cernes sombres. Les arabesques foisonnent, souvent d’inspiration japonisante. Désireux d’intégrer l’art dans la vie quotidienne, les Nabis s’intéressent également à la céramique, l’ameublement ou encore les décors de théâtre…

 

Parmi eux, Maurice Denis se distingue par sa compréhension profonde de l’architecture et par son talent de composition de grands décors, menant ce qu’il appelle « la vie de l’échafaudage ». Il devient le décorateur le plus recherché de son époque. En 1892, il peint sa première grande oeuvre décorative, Arabesques poétiques pour la décoration d’un plafond, dit L’Echelle dans le feuillage, commande du peintre Henri Lerolle. Intéressé par les compositions d’ensemble, Maurice Denis crée en 1895 pour la galerie de l’Art nouveau de Siegfried Bing à Paris, une frise destinée à la chambre d’une jeune fille. Un an plus tard, le baron Denys Cochin lui commande la décoration complète d’un bureau sous le thème de la légende de Saint-Hubert. Viennent ensuite les premiers décors d’église au Vésinet. Dès lors, les commandes affluent, Maurice Denis intervient dans plus d’une cinquantaine de chantiers parmi lesquels le cycle de l’Eternel Printemps pour Gabriel Thomas ou encore la coupole du théâtre des Champs-Elysées.

 

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L’Echelle dans le feuillage 
représente quatre figures d’une même jeune fille sous une voûte de feuillage. Le jeu d’arabesque entraine notre regard vers le haut et fait écho à la circulation des anges dans le songe de Jacob ou encore à des notes sur une portée musicale. Les couleurs pastels en nombre limité et la souplesse des lignes annoncent déjà l’Art Nouveau.

 

 

La foi de Maurice Denis le conduit plusieurs foi à Rome pour contempler Fr Angelico. Il y rencontre André Gide avec lequel il entretient une longue amitié et une correspondance. Ce dernier lui fait découvrir les alentours du Vatican. A Rome, il étudie Poussin et Raphaël. Dès lors, il peint plusieurs grands décors d’église. La chapelle Saint Louis du Prieuré est l’ensemble religieux le plus caractéristique et le plus complet de Maurice Denis. Après son acquisition en 1914, le peintre décide de la restaurer avec l’aide d’Auguste Perret, auteur des boiseries et de la tribune, selon les indications très précises de Maurice Denis. Dans le contexte de la reconstruction à l’issue de la première guerre mondiale, la chapelle témoigne alors de la renaissance de l’art chrétien et constitue un manifeste religieux, artistique et patriotique: œuvre résolument moderne dans un cadre ancien, elle est réalisée avec des matériaux volontairement modestes et des techniques variées. Une curiosité à découvrir sans plus attendre !

 

« Aucune oeuvre, si minime soit-elle, ne peut avoir ni commencement ni fin sans compétence, sans réflexion et sans volonté inspirées par l’amour. » 
(citation choisie par Maurice Denis pour orner son épée d’académicien)

 



Informations pratiques

site du musée Maurice Denis
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Aller plus loin
Musée d’Orsay (catalogue des oeuvres)
Article du Monde consacré à la retrospective Maurice Denis au Musée d’Orsay en 2009

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