Dans cette quatrième et dernière chronique sévillane, je vous propose de découvrir le Centre Andalou d’Art Contemporain (CAAC), ses riches collections et son bâtiment éclectique.

Le siège du Centre Andalou d’Art Contemporain se situe dans le Monastère de la Cartuja (la Chartreuse) de Santa María de las Cuevas de Sevilla, sur la rive droite fertile du Guadalquivir. Il fut édifié au XIIIe siècle par les franciscains en l’honneur de la Vierge de las Cuevas qui, selon la légende, serait apparue à cet emplacement. Converti en monastère par les Chartreux à la fin du XVe siècle, il servit de base à Christophe Colomb (d’ailleurs, trois ans après sa mort à Valladolid en 1506, sa dépouille fut transférée à la Cartuja selon ses volontés où elle restera jusqu’en 1537 pour rejoindre la Cathédrale de Séville). En 1810, pendant l’invasion napoléonienne, les Français convertirent le monastère en caserne. Abandonné, il fut racheté en 1839 par le Britannique Charles Pickman qui y installa une usine de faïence et de porcelaine dont on peut encore observer les fours et le surplus d’azulejos sur l’une des portes intérieures.

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En 1986, plusieurs architectes sévillans (dont José Ramón Sierra et Guillermo Vázquez Consuegra) rénovèrent cet ensemble pluriel. Puis, encouragé par l’exposition universelle de 1992 qui utilisa la Cartuja comme lieu d’exposition, le monastère devint finalement le Centre Andalou d’Art Contemporain en 1997.

Quand je m’y suis rendue, l’église qui accueille la collection permanente était en réfection. Cependant, le CAAC présentait trois riches expositions temporaires: ‘1957-1975, ‘Haris Epaminonda & The Infinite Library, et ‘Augustín Parejo School.

J’ai particulièrement aimé la première exposition ‘1957-1975‘. Elle présente les oeuvres des collectifs d’artistes Equipo 57El Paso, AFAL (la Agrupación Fotográfica de Almería) dans l’Espagne franquiste ainsi que l’art comportemental de Bruce Nauman, VALIE EXPORT, Nacho Criado et Marta Minujín, le pop politique et enfin les prémices de la Nouvelle Figuration. Car si 1957 marque le début de la planification économique impulsée par Franco, le renforcement de son régime dictatorial et ainsi la censure contre ‘l’art dégénéré’; 1975 au contraire, marque la mort du dictateur et le début de la libération artistique.

Je suis restée longtemps dans la salle dédiée à l’AFAL (la Agrupación Fotográfica de Almería), collectif de photographie qui nait dans les années 1950 et réunit les meilleurs photographes espagnols de l’époque (dont Joan Colom, Gabriel Cualladó, Paco Gómez, Gonzalo Juanes, Xavier Miserachs, Julio Ubiña…). Leur nouvelle esthétique était publiée dans la revue AFAL: les clichés vont du photojournalisme à une exploration plus intime, en témoignent ces magnifiques photographies, capturant un instant de vie quelque part en Espagne.

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J’ai aussi apprécié l’harmonie de cette salle….
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… en particulier le tableau de José Guerrero : Andalucía Aparición. Après avoir émigré à New-York où il fréquenta Motherwell et Gorky, il revint en Espagne pour y peindre ses paysages abstraits.

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Andalucía Aparición, José Guerrero

On pouvait aussi admirer des oeuvres de Nacho Criado (1943-2010), considéré comme une des figures centrales de l’art expérimental espagnol des quarante dernières années. Son oeuvre analyse le comportement matériel et l’évolution physique de l’objet d’art, ses aspects et la manière dont il occupe l’espace.

Des tableaux du peintre sévillan Manuel Barbadillo étaient aussi accrochés. Après un séjour au Maroc, sa peinture expressionniste devient abstraite. Son voyage suivant à New-York le fait entrer dans l’abstraction géométrique. Dans les années 1970, il commence à utiliser la logique des combinatoires des systèmes informatiques pour créer des formes géométriques. Il collabore notamment avec Soledad Sevilla dont quelques unes de ses oeuvres sont également visibles au CAAC.

 

Par cette exposition riche et variée, j’ai ainsi pu découvrir des artistes contemporains espagnols majeurs que je ne connaissais pas.

Les deux autres expositions étaient plus conceptuelles surtout celle de Haris Epaminonda, ‘The Infinite Library‘. J’ai manqué dans un premier temps d’explications pour guider mon regard… Le centre d’art contemporain La Villa du Parc nous en dit plus sur l’oeuvre : « A partir de publications existantes, collectées partout où ils se déplacent, les artistes créent de nouveaux volumes en agençant des pages de différents livres par associations d’idées, de formes ou de matières. Ils présentent ainsi les livres qui ont été l’objet de différentes manipulations. » On peut consulter l’index de ces ouvrages sur le site: The Infinite Library.

Et c’est ici, dans les jardins luxuriants de la Cartuja que se terminent les chroniques sévillanes.

 


Muchísimas gracias a Celi y a su familia por esa maravillosa estancia en Sevilla. Gracias también a Marta, María, Abdelali, Laura, Diandra, Sonia, Mohamed y Marco por los descubrimientos, los paseos, las conversaciones, los tapas, las risas … su generosidad ! 

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