« Quien no ha visto Sevilla, no ha visto maravilla »

« Qui n’a jamais vu Séville n’a jamais vu de merveille », dit un célèbre dicton espagnol. Dressée sur les rives du Guadalquivir, Séville hérite son histoire prestigieuse et métissée (ville romaine, cité musulmane puis chrétienne, centre culturel et économique du Siècle d’Or…) et sa situation de port de commerce prospère vers les Amériques. Elle abrite un ensemble passionnant de monuments inscrits au patrimoine de l’humanité (la Giralda, sa cathédrale ; les Reales Alcázares ; les Archives Générales des Indes) et des quartiers pittoresques. Néanmoins, je vous invite dans cette série de chroniques sévillanes à découvrir quelques trésors plus secrets de la ville. En effet, mon quatrième séjour dans la capitale andalouse m’a permis de découvrir la ville plus intimement.

∴∴∴

Commençons alors par les merveilles dont regorge le Museo de las Bellas Artes (Musée des Beaux Arts). Créé en 1835 sous le nom de Musée des peintures, il présente dans un premier temps des oeuvres provenant de couvents et de monastères soumis au désamortissement espagnol. Puis ses collections vont inclure en plus des biens ecclésiastiques, des dons de collections particulières constituées aux XIXe et XXe siècles. On y découvre l’évolution de la peinture sévillane ainsi que des collections plus diverses de sculptures, céramiques, orfèvrerie et mobilier.

Le bâtiment est à lui seul une oeuvre d’art témoignant du maniérisme andalou. Construit en 1603 sur un ancien bâtiment mudéjar, il s’articule autour de trois patios et d’un grand escalier.

bellas artes batiment

J’ai particulièrement aimé les Vierges à l’enfant (de F. Niculoso el Pisano et d’un anonyme sévillan) exposées dans la première galerie…

vierges.jpg

… et la galerie sur le Baroque espagnol et sévillan: les natures mortes (Bodegón) du madrilène Francisco Barrera (1595-1658), avec la série Las cuatro estaciones (Les quatre saisons).

Mais j’ai surtout adoré la série de portraits de Saintes réalisée par Zurbarán et son atelier vers les années 1630: Sainte Marina, Sainte Barbara, Sainte Dorotea, Sainte Eulalia, Sainte Engracia, Sainte Inès, Sainte Matilde. Le peintre a représenté en tout une vingtaine de Saintes (commandées par les couvents sévillans et conservées dans les musées du monde entier) par des silhouettes féminines jeunes et très élégantes, sans la moindre douleur, ni souffrance. Ces portraits possèdent très peu de traits religieux, bien que chaque vierge soit représentée avec ses attributs caractéristiques et soit liée au martyre dont elle a souffert. Très critiqué à l’époque par le Clergé qui considérait indécent de représenter des vierges comme des mondaines, Zurbarán s’est défendu en montrant que les toilettes luxueuses permettaient de donner un réalisme plus profond et d’attirer ainsi la dévotion des fidèles.

saintes

Enfin, j’ai apprécié la dernière galerie, celles de la peinture sévillane du XIXe siècle allant du réalisme au romantisme. On peut y voir de belles vues de Séville (Vista de Sevilla, N. Jiménez Alpériz), des femmes travaillant dans la Fabrique de Tabac (Interior de la Fábrica de Tabaco, G. Bilbao), la mort du torero (La muerte del maestro, J. Villegas Cordero), des sévillans allant à la Feria (Pareja de Majos, J. Gutiérrez de la Vega – Baile en una caseta de feria, M. Cabral Bejarano), une belle paysanne (Campesina Rosa Maria, E. Hermoso), une sévillane dans son patio (Sevillana en su patio, D. Lopez).

romantisme

L’exposition temporaire présentait l’oeuvre de Francisco Pacheco (1564-1644), une des personnalités les plus influentes de la culture sévillane de son époque. Il a publié deux oeuvres monumentales: el Libro de retratos (le livre de portraits) qui présente des personnages illustres de l’époque, et Arte de la pintura (Art de la peinture), une critique théorique de l’art espagnol qui défend la peinture comme activité intellectuelle et non artisanale. Son rôle de maître a été fondamental à l’émergence de deux génies: Alonso Cano et Diego Velázquez. Avec ce dernier, il partage notamment l’intérêt pour le portrait et le dessin comme base de l’apprentissage.

Velázquez_-_Caballero,_Francisco_Pacheco_(Museo_del_Prado,_c._1622)
Francisco Pacheco par Diego Velázquez, vers 1620

Je me suis rendue au musée d’abord le lundi, jour de sa fermeture… ! Mais « no hay mal que por bien no venga » (à quelque chose malheur est bon): en me réfugiant dans un patio pour échapper à la pluie diluvienne et chercher un autre lieu à visiter, j’ai découvert une belle surprise… Je prenais en effet quelques photos de cette jolie cour intérieure à travers la grille quand une étudiante en architecture m’a ouvert la porte pour me faire visiter gracieusement cet hôtel particulier: le Palacio de los Condes de Casa-Galindo, l’ancien  Palacio de los Condes de Casagalindo (48 Calle Alfonso XII).

Il a été construit en 1842 par Alonso Moreno pour le commerçant Don Vicente Torres Andueza (qui a permis la rénovation de l’hôpital de las Cinco Llagas, aujourd’hui le Parlement andalou). L’entrée se compose de deux imposantes colonnes qui supportent un balcon et la maison s’articule autour du patio central, vitrine de la richesse du commerçant. Plus on est riche, plus sa demeure présente d’azulejos (carrelages) différents. L’hotel particulier a été rénovée en 1978 par l’architecte Rafael Manzano (actuel conservateur de las Reales Alcázares) qui y a ajouté une aile supplémentaire. Une belle surprise ! que l’on peut visiter uniquement les lundis de 11h à 13h.

casa
Palacio de los Condes de Casa-Galindo

 

 Bientôt dans la suite des chroniques sévillanes : deux fondations aux projets remarquables !

Publicités