A la fin des années 1920, se forme en Espagne, un groupe d’intellectuels et d’artistes qui marqueront à jamais la culture espagnole: la Generación del 27.

Federico García Lorca, Salvador Dalí, Luis Buñuel ou encore Rafael Alberti font partie de ses membres les plus célèbres. Alors que ces noms masculins résonnent, ceux de leurs camarades féminines nous sont inconnus.

Aujourd’hui, le projet espagnol  LAS SINSOMBRERO (les sans-chapeau) a pour objectif de transmettre l’héritage de ces femmes oubliées de la première moitié du XXe siècle en Espagne car « leur œuvre et leur actions sont fondamentales pour comprendre la culture et l’histoire d’un pays qui ne les a jamais revendiquées ». Voici donc un aperçu du webdoc qui leur est consacré.

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Les femmes artistes de la Generación del 27 se sont insinuées sans complexe dans le monde artistique et intellectuel de l’époque, s’opposant alors aux mœurs d’une Espagne traditionnelle. « On n’a jamais eu de nouvelles sur le fait qu’elles appartenaient à la Generación del 27  » (José Antonio Mesa, Directeur du Centre Culturel Generación del 27) A l’époque, on excluait les femmes des anthologies. Et pourtant, pour beaucoup d’entre elles, leur œuvre sont aussi magistrales que celles de leur compères masculins.

Selon Mercedes Gómez Blesa, le gouvernement de la République a contribué à la libération de la femme et à l’émergence de ces artistes. Cependant la guerre civile, puis le régime franquiste les a condamnées par la suite à l’exil, ce qui a facilité leur oubli.

Qui sont alors ces artistes et intellectuelles de la Generación del 27 ?

María Zambrano, philosophe espagnole (1904-1991): Elle reçut une formation universitaire, son écriture spontanée et son concept d’utopie séduit le Chili, le Mexique, ou encore Cuba. Elle fit partie des rares femmes à avoir reçu les prix Príncipe de Asturias (en 1981) et Cervantes (en 1989), en plus de nombreuses distinctions internationales.

María Teresa León, écrivaine espagnole (1903-1988): Elle fut secrétaire de l’alliance anti-fasciste, et principal moteur du Second Congrès pour la défense de la Culture où elle rencontra Staline. Memoria de la Melancolia et Juego Limpio sont quelques uns de ses ouvrages où la culture est au service de la liberté.

Ernestina de Champourcín, poète espagnole (1905-1999): Elle vécut plusieurs exils. Elle s’émancipa d’abord de sa famille aristocrate catholique en devenant républicaine; puis s’exila à Toulouse, puis Paris et Mexico. Sa poésie aborde principalement les thèmes de l’amour et la solitude.

Marga Gil Roësset, sculptrice et illustratrice espagnole (1908-1932) : Elle commença très jeune l’illustration et se fit connaître dans le monde artistique grâce au couple Juan Ramón Jiménez et Zenobia Camprubí mais elle reste aujourd’hui oubliée du public. Ses dessins représentent naïvement des corps très maigres presque morbides. Elle sculptait le granite pour exprimer la douleur. 

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Josefina de la Torre, écrivaine, poète et actrice espagnole (1907-2002): Plus connue comme actrice et concertiste, ses poèmes apparaissent cependant dans Antología Poética de Gerardo Diego. Son théâtre fut en partie censurée sous le régime franquiste.

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Rosa Chacel, romancière espagnole (1898-1994): Sa première vocation fut la sculpture qu’elle abandonna. Son engagement pour la République la contraint à s’exiler en Suisse puis au Brésil où la pauvreté l’empêcha de se consacrer pleinement à l’écriture. Dans Teresa, elle explique le rôle déterminant qu’a la femme pour transformer une société. Elle est devenue l’une des auteurs les plus importantes de la littérature espagnole.

Concha Méndez, poète et éditeur espagnole (1898-1986): Elle forma, aux côté de Maruja Mallo et Margarita Manso, le groupe de femme le plus proche des hommes de la Generación del 27. Avec son mari, elle fonda une imprimerie où l’on imprimait les éditions ‘Héroe‘ dans lesquelles beaucoup d’artistes de l’époque collaborèrent. Pendant son exil au Mexique, elle en ouvrit une autre où elle édita les textes de ses amis espagnols également en exil. Son ouvrage principal est Sombras y sueños (Ombres et rêves).

Maruja Mallo, peintre espagnole (102-1995): Elle étudia à l’Académie Royale des Beaux-Arts de San Fernando où elle rencontra Salvador Dalí, Federico García Lorca, Luis Buñuel, Concha Méndez, Margarita Manso et María Zambrano. C’est justement elle qui eu l’idée de traverser la place de la Puerta del Sol, avec ses camarades, sans chapeau, ce qui allait à l’encontre des moeurs de l’époque. Beaucoup les insultèrent. Sa peinture est d’influence surréaliste, elle rencontra d’ailleurs Magritte, Ernst et Miró. Elle dû s’exiler également pour son engagement républicain. A New-York, Andy Warhol dit de ses portraits qu’ils étaient précurseurs du pop-art américain.

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Pour en découvrir plus, je vous invite à visionner le webdoc réalisé par  LAS SINSOMBRERO ou à suivre la page facebook ou twitter du projet et surtout à consulter le site (disponible en espagnol mais aussi en anglais).

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